04.02.2011

Campagne sur l'aide d'urgence


Quatre organisations actives dans le domaine de l’asile, Amnesty International, l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés, l’Observatoire du droit d’asile et des étrangers et Solidarités sans frontières lancent le 3 février 2011 une campagne nationale pour demander une profonde réflexion sur le régime de l’aide d’urgence auquel sont soumis près de 5'800 requérants déboutés de l’asile. Le régime de l’aide d’urgence entraîne, selon les quatre organisations, un isolement social extrême, de nombreuses tracasseries administratives et une précarisation qui empêche les personnes qui y sont soumises de vivre dans la dignité.

 

«Notre campagne vise à sensibiliser le public et le monde politique à la situation extrêmement précaire et indigne dans laquelle vivent les personnes soumises au régime de l’aide d’urgence», a déclaré Claudia Dubacher, Secrétaire générale de l’Observatoire suisse du droit d’asile et des étrangers. «Il faut que la population suisse se rende compte de ce que représente le fait de vivre avec une somme variant entre 4.30 et 12 francs par jour ou son équivalent en bons d’achats. C’est tout bonnement impossible de vivre dignement dans de telles conditions.»

 

Les quatre organisations réclament une profonde réflexion sur le système de l’aide d’urgence qui doit absolument prendre mieux en compte la situation des personnes vulnérables. Les droits fondamentaux doivent être respectés, notamment le droit à l’éducation et celui de vivre dans la dignité qui est régulièrement bafoué pour les personnes à l’aide d’urgence. Les quatre organisations vont interpeller les autorités fédérales et cantonales en ce sens au cours des prochaines semaines.

 

Qazem Alizada, membre de l’association Bleiberecht à Berne a vécu deux ans sous le régime de l’aide d’urgence et supporté quotidiennement le manque de dignité. «En tant que représentant de Solidarité sans frontières, il est très important pour moi de donner une voix à ceux et celles qui vivent aujourd’hui cette situation. Le plus pénible avec l’aide d’urgence est le découragement permanent, lié au fait que l’on n’existe plus sur le papier. Il est impossible dans ces conditions de se déplacer, nous sommes prisonniers et vivons sans cesse dans la peur de la prison même si nous n’avons commis aucun délit.»

 

L’exclusion de l’assistance sociale se voulait une mesure dissuasive pour faire baisser le nombre de demandes d’asile et celui des procédures extraordinaires, et surtout pour que les personnes déboutées de l’asile quittent notre pays. L’Office des migrations affirme que puisque seuls 15% des personnes à l’aide d’urgence la perçoivent encore après une année, la majorité d’entre elles aurait quitté la Suisse. Mais seuls 12 à 17% des personnes à l’aide d’urgence ont quitté la Suisse de manière contrôlée, ce qui démontre que l’exclusion de l’aide sociale n’a pas eu l’effet dissuasif escompté.

 

«Le régime de l’aide d’urgence avait dès le départ pour objectif de faire disparaitre les gens des statistiques, c’est là aujourd’hui son unique succès » à déclaré Susanne Bolz. «C’est une illusion de croire que tout ceux qui sont sortis de l’aide d’urgence ont également quitté la Suisse. Le système n’incite pas les gens à partir volontairement et crée au contraire des conditions humainement insupportables notamment parce que ce sont les personnes particulièrement vulnérables qui y restent soumises à long terme.»

 

Quatre cantons, les Grisons, Zurich, Berne et Vaud seront plus particulièrement ciblés , à titre d’exemple, par la campagne au cours des prochaines semaines. Ce choix ne signifie aucunement que la situation ne pose aucun problème dans les autres cantons.

 

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